Deux personnes en tenue de chantier à proximité de panneaux solaires posés au sol

ENVIRONNEMENT

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La sobriété énergétique, une solution simple et efficace

Par Nathaniel C

Publié le 01/04/2022

Malgré les progrès de la transition énergétique, notre dépendance aux énergies fossiles est toujours aussi forte ; le choc énergétique causé par la guerre en Ukraine nous en fait prendre conscience brutalement. Ma conviction : la sobriété énergétique est notre meilleur atout dans cette crise.

Etat des lieux du contexte énergétique européens et les conclusions à en tirer

Depuis quelques semaines maintenant, Français et Européens prennent la mesure de leur dépendance au gaz et au pétrole venant de Russie. Le constat est sans appel : nous ne pouvons pas aujourd’hui nous passer de ces hydrocarbures qui, en plus de contribuer au changement climatique, sont la principale source de recettes de l’État russe.

Dès lors, la question est sur toutes les lèvres : comment réduire cette dépendance ? Et à quel prix ? Posé avec l’urgence d’une actualité tragique, le débat est complexe, mêlant des considérations techniques, économiques, politiques, morales ?

Mais, il ne faut pas que l’arbre cache la forêt. La réflexion sur le gaz russe ne doit pas escamoter l’enjeu fondamental sous-jacent, la question principale : comment réduire notre addiction aux énergies fossiles ?

Tirons quelques conclusions du débat actuel.

La première, évidente, c’est que la transition énergétique progresse beaucoup trop lentement. Est-ce acceptable au regard des enjeux pour l’environnement, encore récemment soulignés dans le dernier rapport du GIEC ?

Pour empêcher la surexploitation d’énergies fossiles et la production de dioxyde de carbone qui mettent à mal notre planète, des solutions existent comme les énergies renouvelables.

La seconde, c’est que l’offre de gaz est tellement concentrée, et les moyens logistiques pour l’acheminer en Europe tellement contraignants, que nous n’avons pas vraiment le choix de nos fournisseurs. Dans ces conditions, le maintien de notre approvisionnement peut se révéler antagoniste avec nos objectifs diplomatiques. Cela aussi, pouvons-nous l’accepter ?

Enfin, nous mesurons que le coût du sevrage, inévitable prix pour retrouver notre souveraineté énergétique, sera élevé. Il le sera d’autant plus s’il doit être accompli dans l’urgence ; ce qui nous invite à prendre les devants.

Il n’y a pas beaucoup de manières de diminuer à court terme notre consommation de gaz et de pétrole.

Les flux de marchandises engendrés par la mondialisation sont difficilement limitables à notre niveau. Nous pouvons toutefois favoriser une nourriture plus locale qui nécessite moins de transports et limite l’émission de dioxyde de carbone.

Agir sur l’offre, développer d’autres sources d’énergie, plus abondantes et décarbonées, pouvant se substituer aux hydrocarbures, doit être fait sans attendre pour atteindre nos objectifs de long terme. Mais, qu’il s’agisse des énergies renouvelables ou du nucléaire, la construction des infrastructures de production est bien trop longue pour répondre à l’urgence.

La rénovation énergétique comme solution ?

Le seul véritable levier dont nous disposons pour réduire rapidement notre dépendance – à l’horizon de l’hiver prochain par exemple – c’est d’agir sur la demande, en investissant massivement, dès aujourd’hui, dans la sobriété énergétique. L’énergie la plus propre et la plus renouvelable, c’est celle qu’on ne consomme pas ; c’est aussi celle qui augmente le plus notre indépendance énergétique et géopolitique.

Le pas de temps de la rénovation énergétique est court : il suffit de quelques jours ou de quelques semaines pour traiter un bâtiment. En améliorant l’isolation et l’efficacité énergétique des systèmes de chauffage, en installant panneaux solaires et pompes à chaleur, et en ciblant en priorité le chauffage en maison individuelle – segment essentiel pour le gaz – nous pouvons en quelques mois avoir un réel impact sur la demande de gaz naturel et de fioul domestique.

Lancer un grand plan de rénovation énergétique de nos bâtiments est donc le seul levier qui nous permette d’agir significativement à un aussi court terme. Un tel effort aurait un coût, mais aux prix actuels de l’énergie, la rentabilité de la rénovation énergétique est très importante, et les temps de retour sur investissement très courts.

Quand les marchés de l’énergie flambent, comme c’est le cas actuellement, le prix devient ultrasensible aux variations de la demande. Réduire la consommation fait mécaniquement baisser les prix pour tout le monde ; les économies d’énergie ont donc un effet de levier important. De quoi rentabiliser très vite les montants investis...

Développer la rénovation énergétique, c’est par ailleurs investir dans une filière d’avenir, qui pourra demain exporter son savoir-faire partout dans le monde. Car ce grand effort de sobriété, nous savons depuis longtemps qu’il sera indispensable pour réussir la transition énergétique, dans tous les pays. La guerre en Ukraine et la flambée des prix qui en découle ne fait que le rendre plus urgent.

Un grand effort de sobriété énergétique ne suffira pas pour faire disparaitre notre dépendance aux énergies fossiles. Mais, combiné avec les autres leviers de plus long terme, il contribuera à nous rapprocher d’un optimum économique, et de retrouver rapidement un peu d’indépendance énergétique. Ne rien faire aujourd’hui serait inacceptable.

Cette tribune a été initialement publiée sur Linkedin le 15 mars 2022.